jueves 16 de agosto de 2007

Fara'a: 100 ans d'occupation

Fara'a et le camp de Fara'a comptent 7000 âmes. Fara'a est à la base un village, situé entre Jénine et Naplouse. Le camp de réfugiés s’est créé en 1948. Déplacés de Jaffa pour la plupart mais aussi d’Haifa, et Led, ils sont venus planter leurs tentes et attendent depuis de retourner dans leur ville d’origine. L’histoire se répète entre les réfugiés d’ici et là-bas. Les grands-parents et les parents ont subi l’éxil, leurs enfants continuent à rêver de ce retour et de cette terre qui était la leur. Ce rêve se transmet depuis trois générations, 1948-2007, bientôt 60 ans d’exil et presque 100 ans d’occupation. Car avant la venue des sionistes et la création d’Israël, c’était l’Empire Britannique qui occupait le territoire…


Le paysage du camp donne à lire tout un mode de vie qui lui est propre. Même dans mes ateliers, les enfants se regroupent. Ils n’occupent pas l’espace mais se serrent les uns contre les autres et même si cela doit les géner dans leurs mouvements, le premier réflexe est de se regrouper, « on avance ensemble ». Je l’ai observé à Jenine et maintenant à Fara'a. Le camp est constitué de petites maisons, toutes en travaux, construites les unes à côté des autres, aucun espace entre les maisons du camp, et les rues sont entretenues au minimum. Oui, les réfugiés du camp de Fara'a sont pauvres…mais il y a encore une idée qui apparaît derrière le mur du premier constat, c’est celle d’un espace éphémère, provisoire. Dans l’attente de rentrer chez eux, ils batissent, construisent leurs vies mais ne finissent rien. Ces maisons sont provisoires, les rues, les magasins, les voitures, toute cette vie est provisoire. C’est un véritable choix, une volonté de vivre dans cette espace et de cette façon. Tout est un rappel au retour, ici ils ne sont pas chez eux et tout est mis en œuvre pour qu’ils ne se sentent pas chez eux.

Le paysage…regarder et écouter les histoires qu’il me raconte. Fara'a est dans un creux, entourée de collines. Elles sont récouvertes de pierres, de touffes d’herbes dorées et de culture de légumes. Du vert, de l’or et du blanc. Le soleil cogne et sa lumière inonde cet endroit du monde. Les matins sont délicieusement doux, le vent est frais et j’écris sur le toit à ciel ouvert, je témoigne du passage de la nuit au jour, les étoiles rencontrent le rose et le bleu et la lumière nouvelle dessine les contours du paysage. Le village dort encore, je lève les yeux et remarque des points de lumière sur les collines. Tout le village endormit est entouré de ces petites lumières diffusées par des luminaires. Ce sont les colonies qui se révéillent elles aussi, elles sont au sommet, dominent et entourent le village et le camp. Partout où mon regard s’échappe je tombe sur cette présence, aucun échapatoire. Si je veux me perdre dans l’horizon, profiter d’un moment à moi, de liberté, de penser et de rêve, elles sont là, défiant mon regard et dominant le lointain…Ahmad me confiait un vieil adage d’ici hier dans un sourire chargé de d’ironie : « Hier est mieux qu’aujourd’hui ». Demain, le futur, le lointain, l’horizon, autant de concepts qui nourrissent mes espoirs et me font avancer pas à pas dans ma vie…ici demain c’est loin.

Franck Saurel (ùmido)

Cette nuit à Fara'a

La nuit tombe sur Fara'a. Les étoiles brillent dans un ciel noir et profond. Un vent frais s’engouffre dans la fenêtre de la salle où mes compagnons dorment. Sur le toit à ciel ouvert, quelques scouts palestiniens veillent. J’entends leurs conversations, leurs éclats de rire et leur silence, un « bip » incessant produit par un talkie walkie vient ponctuer leur échange, coller sur leurs oreilles ils questionnent et attendent une réponse. Ils veillent, surveillent, les yeux plissés scruttant le paysage dans la nuit, ils tendent l’oreille aux moindres bruits. Hier soir, Himad attendait l’armée israélienne.


Deux jeeps ont traversé le camp cette nuit là. Il me fait écouter le bruit singulier du moteur et des chiens qui aboient aux allentours. Les talkies walkies n’arrétaient pas de sonner et cracher des messages et puis rien…un grand silence. Ce silence a crié un long filé de sueur froide. Toutes les histoires, les rencontres et les horreurs de cette situation qui dure depuis trop longtemps m’envahissent. Je lis l’anxiété et la peur sur le visage d’Himad... Ces sentiments disparaissent en un éclair dans un sourire éclatant quand il me tend une cigarette et dit « shouf Franck… » et continue à me parler de sa vie et de ses voyages. Comment faire autrement dans une telle pression géographique, politique et sociale que de vivre pour le moment présent.

La nuit tombe sur Fara'a et le ciel reste toujours aussi clair que les nuits précédentes. J’ai toujours affectioné un ciel chargé d’étoiles. Il me renvoit toujours aux histoires de l’homme et témoigne de leur présence bien avant moi, toi et eux. Les philistins, les grecs et les romains, les ottomans aussi, l’étoile du berger, Mohammed qui atteint le ciel grâce a son cheval fantastique depuis le dôme du rocher « Al Aqsa », l’exode du peuple juif. L’Histoire et les histoires…Himad aussi regarde le ciel et me murmure « beautiful » en embrassant ses mains. La lune diffuse une lumière douce qui vient dégager les contours des collines. Tout est calme, la mosquée , le village, le camp, les collons, l’armée…un peu de répis.

J’en profite pour rectifier mes notes. Le village de Fara compte 2000 personnes et le camp de réfugiés de Fara compte 7500 personnes venant pour la plupart d’Haifa, ville aujourd’hui israélienne située dans le nord au bord de mer. Fara'a, un endroit du monde où les réfugiés sont plus nombreux que la population locale. Les réfugiés, ils ne sont pas d’ici et là-bas ils ne peuvent plus s’y rendre. L’O.N.U. a loué les territoires sur lesquels ils ont batis leurs maisons pendant une durée de 99 ans depuis 1948…qu’adviendra-t’il en 2047 ?. Nous sommes en 2007, ils vivent ici depuis 60 ans et ils ne possèdent rien. De plus, s'ils s’absentent de leurs maisons, n’importe qui peut s’installer à leur place, ils prennent le risque d’être chassés de nouveau…les maisons ne sont jamais vides. Haifa est une ville en bord de mer, une vie de pêcheurs, d’agriculteurs, une vie au rythme des saisons et des marées dont les grands parents se souviennent. Depuis trois générations, ils se transmettent leur histoire, d’où ils viennent, la qualité de vie là-bas, la terre qu’ils possédaient et le travail qu’ils faisaient. Un village de pêcheurs, la mer…les Hommes et enfants nés à Fara'a depuis l’éxil ne savent pas nager… Je revois les visages d’enfants qui participaient à une célébration de fin de camp scout à Fara'a. Abu Djamil, le directeur du camp scout me demande de présenter la capoeira en « impro » pour la fête. En m’adressant à cette foule de grands parents, de parents et d’enfants pour leur raconter l’histoire de la capoeira, art de résistance et de lutte face à l’oppression, j’ai ressentis encore ce petit reptile au corps sournois et au venin acre déverser ses pensées dans mon cœur. Mon impuissance et mon immobilisme face à cette situation…me battre avec mes armes pour défendre des valeurs…parfois cet animal arrive à me faire perdre espoir. Les enfants scouts dansent le dabké, chantent les chants révolutionnaires et portent le kéfié…ils ont entre 8 et 12 ans. N’oublie pas. Qui tu es, d’où tu viens, ce qu’ils ont fait…Ne jamais oublier…mais à quel prix. J’ai ressentis une immense tristesse en regardant ces danses, ces chants et l’encouragement des adultes qui leur demandaient toujours plus de voix, plus de force, plus de cœur, plus rapide, plus ensembles, plus.. .plus.. plus. J’ai cette impression amère qu’ils sont nés résistants avant d’être enfants…oui je le comprends…dois je l’accepter ?...tout est si compliqué, douloureux et pourtant vital pour ce peuple. Ce peuple est tellement beau quand il aime, un amour profond, sincère, exclusif, étouffant dans cette spirale aveuglante de violence, les tapes dans le dos des hommes et les embrassades des plus jeunes, les enfants qui me prennent par la main et se jettent dans la rue pour imiter mes mouvements, les mères qui me sourient, cette tendresse, cet amitié, cet amour… c’est en fait cet espoir et ce courage qui m’encourage.

Sous ce ciel étoilé, dans cette partie du monde oubliée, dans cette vie palestinienne qui vous est méconnue, dans mon impuissance et dans notre silence, l’état d’Israel colonise un territoire. C’est un fait indéniable et indiscutable. Ils agrandissent leurs colonies et construisent des routes les reliant entre elles, afin d’occuper le maximum de terre et le plus efficacement possible. Ils contrôlent les flux de population palestinienne qui se rendent d’une ville à une autre en implantant des check-points militaires et/ou policiers. Ils contrôlent le commerce et empochent les taxes des commerçants palestiniens. N’oubliez pas que la Palestine n’existe pas et c’est donc Israël qui gère les flux monétaires et qui perçoit notamment les taxes. 600 000 000 de dollars de revenues à l’Etat du « je n’existe pas » partent dans les caisses d’Israël. Ceci entraîne une grave détérioration du système éducatif et culturel. Théâtres, écoles, associations et hôpitaux ne peuvent pas être financés par l’Etat. Les fonds monétaires internationaux viennent financer la majeure partie des infrastructures nécessaires à la vie quotidienne de la population. Il existe une prison israélienne à Fara transformée depuis 1996 en centre de jeunesse et de sport. Il y a encore dix ans cette prison était en service sous le contrôle de l’armée israélienne…et les faits commis dans celle-ci violent les règles les plus élémentaires des droits de l’homme. Les interrogatoires, la torture et la mort. Les prisonniers n’étaient pas forcément des assassins, il y avait des poètes, des artistes, des militants, de simple villageois et…le père de Mustafa…et Abu Djamil…pour des peines de quelques semaines à plusieurs années. Beaucoup de ces personnes sont encore en vie et je tremble à l’idée que toutes ces injustices et ces violations ont pu arriver sans que je n’en sache rien dans mon pays. J’ai toujours entendu le nom de « terroristes » associé au nom de « martyres », un bouclier révoltant dû à une manipulation malhonnète excusant les actes les plus abominables, les exemples sont trop nombreux. Mais c’est un champ lexical terrifiant, que je reconnais dans cette histoire, une stratégie rodée et vérifiée depuis des siècles. Les mots et les meaux de la colonisation, Algérie, Tibet, Afrique, Etats-Unis, Amérique du sud. Je m’efforce de regarder derrière tous ces murs de violences immédiates, d’injustices révoltantes et de discours politiques qui provoquent des réactions qui peuvent m’aveugler à tous moments. Une révélation froide, un constat raide et indéniable s’impose à mes yeux, l’état sioniste d’Israël colonise la Cisjordanie et je n’en savais rien. Ce silence du monde libre affecte les palestiniens et dans le silence, le sentiment d’injustice gronde dans chaque cœur, la suprémacie d’un peuple sur un autre ne peut qu’engendrer violence et destruction. Légitimité de l’état d’Israël… légitimité de l’état de la Palestine… légitimité du droit au retour de tous les réfugiés palestiniens qui sont disséminés dans toute la Cisjordanie, Gaza, mais aussi le Liban, la Jordanie, la Syrie et le monde arabe… La nuit est déjà avancée dans le camp de Fara et la fatigue m’envahie. Les étoiles sont toujours là et la lune vient se poser sur le sommet d’une colline, le chant des grillons me berce et la musique d’un mariage dans le camp vient se joindre à ce spectacle. Vivre…aujourd’hui…un peu moins que demain.

Franck Saurel (ùmido)

Paysages

Paysages, routes, visages…encore sur la route, vers de nouvelles rencontres, d’autres visions du monde? Je ne sais plus et j’ai l’esprit un peu embrumé. Une aventure se termine, une autre commence. Je suis exactement à la frontière entre ce que j’ai vécu de fort à Jénine, au Théâtre de la Liberté et un autre univers, celui du camp de réfugiés de Fa’raa.


Je me sens étrangement seul aujourd’hui et j’essaie de me rendre disponible pour la suite. Les frontières restent des endroits étranges, elles sont précises, nous pouvons toujours les situer sur des cartes géographiques ou sentimentales et pourtant c’est le lieu où précisemment l’on est ni ici, ni là-bas.

J’ai quitté Mustafa ce matin à Ramallah. Il me manque déjà. J’ai aimé son esprit libre et fin, sa famille militante, je n’ai malheureusement pas pu rencontrer son père. La plus jeune de ses sœurs s’appelle Bissan 11ans, la deuxième Taura 20 ans qui signifie révolution, la troisième Jaffa 23 ans qui est le nom d’une ville palestinienne occupée par les israeliens et la quatrième Haifa 27 ans qui est une ville israelienne anciennement palestinienne. Ils sont deux fils, le plus jeune s’appelle 18 ans qui se traduit par « tempête », nom donné à un groupe de résistants après 1967 et Mustafa qui doit son nom à son grand père mort en 1950 alors que, chassé de Haifa et réfugié à Jénine, il cherchait à rejoindre sa terre natal et sa maison. Nous sommes descendus tous les deux sur Ramallah pour passer deux jours un peu tranquilles. Je retraverse la campagne, revois les champs d’oliviers, retrouve les colonies israéliennes long couloir perché au sommet des collines s’étallant sur plusieurs kilomètres, la pierre blanche, les arbustes dorés, les chèvres et leurs bergers, les fils barbelés protégeant les routes de l’armée et des colons…quand ce n’est pas mes rencontres qui me renvoient à l’occupation, c’est le paysage qui se plait à me la coller dans les yeux. Le taxi emprunte des routes de terre afin d’éviter au maximum les check-points. J’étais le seul international dans le véhicule avec Mustafa, Nabyle, un des comédiens palestiniens avec qui nous avons fait notre joyeuse équipée théâtrale, et 3 autres jeunes étudiants palestiniens que je n’avais jamais vu. Premier check-point de l’armée, un jeune gars aux cheveux longs, mal rasé, derrière de larges lunettes de soleil roses Dior, en uniforme vert et M-16 en bandoulière nous demande nos papiers d’identité. Les palestiniens sortent leurs cartes « vertes » écrites en arabe et traduites en Hébreu et moi, mon passeport. Il regarde tranquillement les photos sans jamais lever ses yeux vers nous mais il s’est attardé sur ma « gueule de petit international », il s’accoude au rebord de ma fenêtre et énumère chacun des prénoms. Il s’amuse à bien articuler ce qu’il lit. NA-BYLE, MO-HA-MED, etc ..etc. « Your name is SAUREL ? » me demande t’il sans me regarder, les yeux rivés sur ma photo… « Yes », « vous parlez Français ? »…. Bin...oui. Il se détourne vers son baraquement et jette mon passeport à mes pieds dans la voiture sans un regard…OK, je me tais. Mustafa vient de Jénine et le soldat semble avoir focalisé plus sur moi que sur lui, car aller vers le sud est un voyage incertain pour un palestinien du nord…il pourrait purement et simplement lui interdire de passer le check-point ou le stopper en plein soleil pendant des heures…sécurité de l’état oblige. Nous passons encore deux autres check-points, un de l’armée et un autre de la police. Nous arrivons à Ramallha 2 heures plus tard et c’est incroyable de voir la différence avec Jénine. Les voiles sont moins présents, les cheveux et les yeux se dévoilent, les hommes ont les épaules découvertes et les femmes fument des cigarettes ou le nargulié en blue jeans à la terrasse des cafés…un espace, je dois le dire, plus tolérant à l’égard des libertés des hommes et des femmes, car ils sont nombreux à en souffrir, à commencer par le jeune homme qui m’accompagne. C’était agréable de le voir afficher un sourire béat quand il but sa première bière au « sangrias café », avec de la musique cubaine en fond et faire de l’œil à la table voisine où étaient assises de jeunes filles palestiniennes. Je me revois chez Tareq, une des connaissances du camp de Jénine, ses parents sont des gens accueillants et de fervents musulmans. Ils étaient assis en face de moi sur deux fauteuils séparés par une plante. Lui arborait fièrement des moustaches épaisses sur un sourire chaleureux, habillait d’une djellaba légèrement rose brodée d’or. Elle était vêtue de la tenue traditionnelle pour les femmes pratiquantes, un hijab blanc qui recouvrait ses cheveux jusqu’au contour de son visage pour retomber sur ses épaules et d’une longue robe noire ne laissant visible que ses mains. La plante qui les séparait, dessinait un parapluie aux feuilles fines et vertes qui retombaient sur leurs accoudoirs. C’est alors qu’au même moment leurs mains viennent toucher les feuilles, les caresser tout doucement, ensemble, dans un geste d’une infinie tendresse… La tante de Tareq me pose alors une question qui m’étonne « Est ce que tu as peur des JUIFS quand ils viennent la nuit dans le camp ? ». Son mari, professeur en informatique, est en prison simplement pour avoir milité contre l’occupation et les « rapts » menés par les incursions de l’armée israélienne dans le camp sont courants… Je comprends que je n’ai pas peurs des juifs, ni des musulmans mais que ce sont bien les mots qui sont effrayants. La confusion se propage a une vitesse elle aussi effrayante, ce ne sont pas des juifs ni des musulmans dont j’ai peur mais bien d’un gamin de 18 ans endoctriné, persuadé que le monde entier à juré sa perte …constat effrayant de tous les côtés. Je continuerai à me battre contre le racisme et pour les opprimés qu’ils soient séfarades de la banlieue de Tel-Aviv ou jeunes du camp de Jénine… J’arrive à Dheishe, à côté de Bethléem, vers 10h00. Je souffre d’un coup de soleil qui s’est attaqué à tout mon corps alors que je m’endormais la veille au bord d’une piscine…Une nouvelle aventure commence, un autre lieu avec d’autres gens. J’ai aimé voir l’enthousiasme et observer les corps se tendrent, les yeux désireux d’agir et les esprits volontaires des nouveaux participants. Ils arrivent avec les yeux grands ouverts certes mais des convictions plein la tête et un bagage occidental qui se verra souvent ébranlé au cours de ce séjour. J’ai essayé de glisser des observations sur mon ressenti dans la manière d’aborder un cours, de l’organisation des ateliers et des jeunes gens que j’avais rencontré…après tout voir le chemin s’est bien, mais l’arpenter c’est mieux. Même si c’est un voyage où le groupe tient une place importante, l’individu, sa démarche et sa réflexion, est elle, essentielle.

Je n'ai rien à imposer, je viens pour découvrir, connaitre et peut-être te comprendre. Si tu veux bien, tu me montreras ton monde, qui tu est, ce dont tu rêves... je veux bien te faire découvrir le mien.

Franck Saurel (ùmido)

Bil'in

Aquest ja es el quart dia que estem a Bil'in. Bil'in es un poble situat a pocs quilometres de Ramallah que nomes te 1.800 habitants. Estem a casa de l'Abdullah, el presdient del Comite Popular de Bil'in contra el Mur. Aquest comite es va fundar l'any 2004 amb l'objectiu d'aturar la construccio del mur que estava a punt de separar les cases dels camps d'oliveres que pertanyien a la municipalitat de Bil'in i que eren propietat dels seus habitants.


Les primeres accions del Comite estaven enfocades a aturar les obres. Els veins del poble i aquells que els hi donaven suport - israelians pacifistes i internacionals vinculats a diferents moviments socials- es lligaven amb cadenes als camins pels quals havien de passar les excavadores i intentaven boicotejar les obres de mil maneres. Aquestes pero estaven protegides per l'Exercit israelia, el qual va utilitzar diverses tecniques per desmovilitzar la poblacio de Bil'in amb l'objectiu que el seu exemple de resistencia no s'extengues pels altres pobles de Cisjordania amenacats pel mur. Un dels metodes per exemple, va consistir en entrar a la nit a les cases dels habitants de Bil'in i detenir a algunes de les persones que havient participat en les accions de protesta. l'objectiu era evidentment espantar al poble. Fins i tot detenien a nois de tretze o quinze anys... Avui el mur ja esta acabat de construir i sobre algunes de les terres d'oliveres que pertanyien als habitants de Bil'in ara hi estan construint una nova colonia israeliana.

I tanmateix Bil'in no s'ha rendit. El poble continua manifestant-se cada divendres al mati. Porta fent-ho des de fa tres anys. Cada divendres de cada setmana un mes darrera un altre. Cridant i alcant les banderes els palestins intenten creuar el mur, pero quan els hi falta un centenar de metres per arribar-hi els soldats els hi tiren gas lacrimogen i els disparen amb bales de goma fins que la manifestacio es dispersa. I aixi cada divendres de cada setmana un mes darrera un altre, el ritual es repetix inalterable. l'etern retorn de la rabia, la rutina de la impotencia, la resistencia i la reafirmacio de la seva identitat

I ahir vam visitar el camp de refugiats d'Al-Amari que tambe es troba a prop de Ramallah on viuen 8.000 persones en un 1 km quadrat. I vam coneixer els germans d'en Milad, un noi palesti de 24 anys que va morir l'any passat a Ramallah durant la ultima incursio de lExercit a la capital del WestBank. El van matar quan anava a la seva festa de graduacio. I despres van empresonar durant uns mesos els seus germans perque a l'estar enfadats per la mort d'en Milad representaven un perill per la seguretat israeliana

I tambe hem vist els quilometres i quilometres de camps d'oliveres tallats nomes per desmoralitzar a la poblacio palestina I tambe em sentit nens que diuen que el seu heroi es lOssama Ben Laden...

I malgrat tot la vida continua i la gent aqui te ganes de passar-s'ho be i ens pregunten pel Barca i pel Ronaldhino i ens demanen que els hi preparem una altra truita de patates... I al vespre els nens surten al carrer a jugar amb els estels igual que a Jerusalem hi jugaven tambe tots els nens, els jueus i els palestins. I els estels s'alcen per sobre els terrats, gairebe per sobre el mur, s'estiren cap al cel com si volguessin fugir d'aquesta guerra de baixa o alta o mitja intensitat.

Montse Boher

L'escola de Tuani

Tuani es un poble palesti que es troba a la regio d-Hebron, al sud de Cisjordania. Es tracta d-una zona molt rural, de pobles petits, envoltats de terres de cultiu. Ara fa uns anys, al costat de Tuani s-hi va implantar una colonia jueva per la forca, van robar moltes terres pertanyents als agricultors d-aquest poble i dels de la zona, i la desgracia de la regio va comencar...


Els nens del poble de Tuba, situat a 20 minuts a peu de Tuani, van, des dabans de la creacio de la colonia, a estudiar a lescola de Tuani, la unica de la regio (una escola de nomes 6 classes, on els alumnes de diferents cursos han de compartir aules, lescola la van construir amb subvencio de lautoritat Palestina i amb la forca dels bracos dels pagesos de la regio que amb 2 setmanes la van tenir de peu...). Pero des de laparicio de la colonia, els nens de cami a lescola van comencar a patir agressions molt violentes per part dels colons (pedres i totxanes al cap, aigua bullint, excrements danimals eren llencats sobre els nens de cami a lescola). No pot haver/hi barbarie mes gran que tirar totxanes al cap dun nen de 4 anys,... A causa del panic que aquest trajecte els hi provocava van decidir canviar el cami, i ara ja fam olts anys que aquests alumnes havien de caminar 2 hores cada dia de trajecte danada i 2 hores de tornada!!!!

El director de l-escola va decidir finalment avisar a associacions internacionals i israelianes perque enviessin escuts humans per protegir els nens de cami a lescola. La primera vegada va venir un grup de joves nord/americans i el primer dia que van decidir agafar lantic cami, el que passa al costat de la colonia van rebre brutals agressions per part dels habitants de la colonia encaputxats, varies persones van haver de ser hospitalitzades (entre elles dos escuts humans estadunidencs). La noticia va tenir molt de resso gracies a les agressions dinternacionals, i es va poder portar una demanda a la cort israeliana. Actualment, lexercit acompanya als nens a lescola i els protegeix de les agressions dels colons. Podria semblar que hi ha alguna mena de justicia a l-estat israelia, que quan hi ha una queixa l-estat reacciona, pero no ens deixem enganyar, l-estat docupacio israelia es un estat de violencia, de robatori, dilegitimitat, de crueltat, dimpunitat. Si actualment hi ha lexercit protegint nens dels colons es nomes perque es van ferir dos amercians. Arreu de Cisjordania els nens es fan atacar pels colons, els nens, i els adults, i tothom, i lexercit que aqui protegeix, a la resta del territori ataca, i entra a les cases, i les destrueix, i sendu persones innocents a la nit, i mata criatures a les manifestacions pacifiques, i TOT QUEDA SILENCIAT, perque no hi ha mai ferits que no siguin palestins...

Els nostres amics palestins insisteixen en fernos veure videos terribles sobre les tragedies del seu pais, sobre dones plorant la perdua de les seves families, persones decapitades en manifestacions, morts a l-arribada de l-alba despres de les incursions, presoners torturats... i tot aixo que ens sembla horrible, que voldriem no mirar, tot aixo per dirnos US ADONEU DEL QUE ESTEM VIVINT, COM POT SER QUE EL MON NO FACI RES PER NOSALTREs. I jo tambe mho pregunto, com pot ser que aixo es permeti... Tambe hem visitat families de martirs (no es gent que es fa explotar, aqui martir es refereix a qualsevol persona que mor victima de la ocupacio, ja sigui voluntaria o involuntariament), i de presoners, i altra vegada tot aquest dolor, que no ens explica res que no sapiguem sobre el que passa aqui pero que una vegada mes ens diu US EN ADONEU DEL QUE ES AIXO, sovint ens pregunten> Us podeu imaginar que es que vinguin a casa vostra a la nit, i semportin al vostre fill i durant 10 anys no el torneu a veure, us pdoeu imaginar que es que et vinguin a treure de casa teva i els teus fills neixin a lexili, us podeu imaginar us podeu imaginar... I realment no mho puc imaginar

Els nens de l-escola de Tuba ara ja fa 3 estius que passen lestiu a lesplai que sorganitza en el mateix edifici. Hi ha ambient de festa, sonen els tambors, els nens canten cancons del seu pais (durant anys van estar prohibides, perque lestat disrael volia negar els palestins com a poble, com a cultura), i canten amb forca, amb alegria, alguns sens acosten per sortir a les fotos que fan lalbert i la maria. A fora al pati es pinten grans murals, i sembla un esplai com els que hem viscut tots, i es riu com a tots els esplais... Pero sabem profundament que no es un lloc com els altres... El director de lescola ens diu que hi ha ordre de demolicio de lescola, i que com a molt tard durara uns mesos m'es. Aquesta es lestrategia disrael, prohibeix l-edificacio i quan un edifici es construeix ilegalment (no hi ha altra manera de construir) el seu propietari rep una ordre de demolicio, i al cap duns mesos (a vegadesn omes uns dies) ve un bulldozer i el tira a terra. I que fareu si tiren l-escola a terra<>

Vam tornar a casa de nou amb el cor encongit.

Nuria Serra

Un vot equivocat

Estem a Salfit i aixo, no se si es igual a tota la Cisjordania, es Fatah's land. Els posters de Yassir Arafat acompanyat de Nasser i Saddam Hussein estan per tot arreu. El nom del Martyr Yassir Arafat es un constant. L'hospital es diu aixi, i a l'escola d'estiu que hem visitat els nens canten al seu martir, al seu president. Ahir vam tenir l'oportunitat de coneixer en Munir Abbushi, governador de Salfit amb qui vam poder parlar sobre la situacio politica a Palestina, ens va poder parlar una mica de les passades eleccions a Palestina i les seves consequencies. Aquestes son algunes reflexions.


El 25 de Gener del 2006 el poble palesti va anar a les urnes. Despres de 10 anys sense poder decidir, es votava el Consell Legislatiu per Palestina. Nomes hi va haver un petit detall per resoldre i, es que lamentablement el poble palesti es va equivocar al votar. Hamas, un partit fundat el 1987 nascut al si dels Germans Musulmans d'Egipte, va trencar amb el domini de Fatah (Moviment d'Alliberament Palesti), que havia ostentat el poder per la causa palestina durant 40 anys. Els palestins van tardar poc a veure que s'havien equivocat. El millor xantatge son els diners. Munir Abbushi, governador per Fatah a Salfit, ens va explicar un cas concret. La policia palestina estava financada per fons europeus. El dia 26, l'aixeta es va tancar. Mes clar impossible, accio - reaccio. Les consequencies del bloquejos economics mai van cap a la bona direccio i, qui en rep les consequencies mes directes sempre son els mateixos, els civils. El mes curios del cas es que des de la Unio Europea ens venen que nosaltres "procurem buscar vies consensuades per fer arribar els fons" mentre que, els EUA son el "policia dolent". Que vinguin aqui a explicar-los la diferencia. La questio es sancionar el poble palesti per la seva decisio, el resultat es No Money. Malgrat que amb totes les persones que hem parlat son de Fatah l'opinio es compartida i ben cenyida al que es politicament correcte : Hamas va guanyar les eleecions. La decisio estava a les mans del poble palesti i, si es fa xantatge amb els diners per modificar els resultats, que no es parli de democracia. El marc de la conversa amb el governador era una gran casa amb un luxe ostentos que convertia la corrupcio en una evidencia. Aixo si, una cosa es acceptar la victoria de Hamas i una altra cosa acceptar un mea culpa.

La questio seria ara poder parlar amb un lider de Hamas per poder contrastar, pero crec que haure de saber esperar...

Marta Muixi

Els pobles fantasma

Poden existir pobles sense existir? A Israel si. De fet, sembla ser que aqui tot es possible. Si Israel existeix dins de Palestina, Palestina existeix dins d'Israel, aixo si, amb grans diferencies esta clar. Mentre Israel perpetua una ocupacio sobre la terra de Cisjordania i Gaza, Palestina intenta sobreviure en el que era el seu territori. La forma que pren aquesta vida dels palestins dins de Palestina es tradueix en aquests pobles fantasmes. Les histories de les persones que procuren sobreviure en aquestes ciutats son desoladores. Persones que han vist com els destruien les cases una i dues i si cal tres vegades, pero que no perden l'esperit de voler canviar la situacio. En aquests pobles el govern israelia perpetua un terrorisme psicologic constant, nosaltres no podem imaginar que es viure pensant que d'un dia per l'altre la nostra casa pot ser l'escollida per ser enderrocada. Tan sols cal prendre la decisio, marcar la casa, i ja esta. Tota la vida, tots els records, tot allo que guarda una casa i que no te preu, s'esfuma. Ho enderroquen sense cap tipus de contemplacio. Vam visitar el poble de Shefar'an (espero que fos escrit aixi...), de fet qui sap, com a poble fantasma no te nom, no surt al mapa, aixi que fer-la desapareixer no seria cap problema, ja que no existeix...


Les tecniques del govern israelia per perpetuar una tortura constant pero de prou baixa intensitat perque no interessin al nostre mon son d'allo mes variades. Aixo si, sempre afectant al que es mes essencial per una vida digna: l'aigua, l'electricitat, els desplacaments. A banda, obviament de saber que el dia que vulguin poden destruir la teva casa i tota la vida que guarda dins. Nomes ho han de decidir. El que es mes increible de tot plegat es que els israelians viuen davant per davant amb aquests pobles fantasma i ells viuen amb tota la comoditat del mon i aprofitant el temps per fer impossible la vida dels israelians. L'acces a l'aigua per part dels palestins es sempre una incognita. Els tubs per on passa l'aigua a traves dels camps son exageradament llargs i estrets. Aixi si un israelia decideis tallar-lo qualsevol dia ho pot fer amb tota facilitat. En el millor dels casos si l'acces es garantit, l'aigua surt prou calenta per fer impossible refrescar-se. I aixo sense parlar de la ridicula pressio amb la que surt. L'acces a l'electricitat tambe es puntual, aixo si, els israelians tenene el detall de posar/los els pals electrics a davant de casa seva. Ja se sap, espatllen el paissatje. Els palestins tambe veunen les carreteres que els permetrien estalviar hores en els desplacaments pero l'acces esls esta vetat. I punt. Saben que si hi passen, tenen molts numeros de ser disparats. No poden utilitzar la seva aigua, la seva terra, les seves carreteres.... Apartheid? Es veu que no.

A la zona que vam veure, Galilee, al Nord d'Israel, hi ha 35 d'aquests pobles no reconeguts. L'organitzacio dels "40 villages no reconnus", ha aconseguit que alguns d'aquests pobles millorin les seves condicions pero la situacio es aixi en la majoria d'ells. 7.000 palestins viuen aquesta vida al nord d'Israel. Mentrestant nosaltres mirem a una altra banda.

Marta Muixi

Una abracada des de la terra on, malgrat tot, les persones sempre tenen un somriure a punt